“Affirmez que vous êtes anarchiste et presque immanquablement on vous assimilera à un nihiliste, à un partisan du chaos voire à un terroriste. Or, il faut bien le dire rien n’est plus faux que ce contresens, qui résulte de décennies de confusion savamment entretenue autour de l’idée d’anarchisme.”  [1]

On peut reprocher deux aspects de la présentation de l’anarchisme de Baillargeon. Premièrement, bien qu’il ai pris la peine d’écrire une partie sur l’anarcha-féminisme où il reconnaît ouvertement les problèmes de sexisme au seins des différents mouvement; les femmes anarchistes ne sont pas toujours suffisamment intégrées à sa présentation des anarchismes et des anarchistes. Ce livre reste également euro-centré, ce qui est trop souvent le cas de la littérature à ce sujet, alors que les communautés ainsi que les penseurs et penseuses anarchistes ne sont pas le propre de l’Europe et des Etats-Unis.

Mais globalement ce livre est une très bonne introduction à l’anarchisme. Ecrit en des termes simples et accessibles à des non initiéEs, il permet une première approche suffisamment rapide (200 pages) pour les personnes voulant survoler pour la première fois ces concepts, mais qui couvre suffisamment le sujet pour en saisir les bases. Après une rapide introduction, dans laquelle il définit en des termes simples et génériques ce qu’est l’anarchisme et ce que ce n’est pas, Baillargeon découpe son livre en trois parties qui peuvent se lire séparément mais qui se complètent intelligemment. Dans la première partie Baillargeon présente les différents mouvements au sein de l’anarchisme, ou comme il le dit les anarchismes, auxquels il associe à chaque fois un anarchiste. Ce chapitre organisé chronologiquement permet de comprendre l’évolution de la théorie, son lien avec la pratique, et les débats qui animent l’évolution constante des réflexions. Il commence par William Godwin, pour terminer par Noam Chomsky, un contemporain, en passant par Proudhon et Bakounine.

La deuxième partie présente des faits marquants de l’anarchisme aux Etats-Unis tel que le massacre de Haymarket qui donna naissance au premier mai, ou encore Mai 68. Ces exemples permettent d’étudier l’anarchisme dans son contexte politique, la répression des anarchistes et le soutien populaire considérable que ces idées ont reçues. La troisième partie aborde l’anarchisme et ce qu’il peut apporter dans différents domaines tels que l’économie, l’écologie et l’éducation. Cette partie passe également en revue l’anarcho-féminisme et Baillargeon finit en critiquant âprement l’anarcho-capitalisme. Bien qu'il dise que ce courant n’aurait mérité guère mieux “qu’une note de bas de page”, ce chapitre a le mérite de contrer certaines idées reçues sur l’anarchisme.

Nous recommandons donc ce livre comme introduction rapide mais consistante à l'anarchisme expliqué en des termes particulièrement compréhensible pour un concept si large et parfois difficile à appréhender.

Si vous voulez un rapide aperçu chronologique de l’anarchisme, vous pouvez aussi regarder ce documentaire en deux volets, particulièrement bien fait (a condition qu'il n'ai pas été supprimé). Ni Dieu, ni maître, une histoire de l’anarchisme de Tancrède Ramonet.


[1] Baillargeon, N. (2008)  “L’ordre moins le pouvoir. Histoire et actualité de l’anarchisme”, éditions agone: Marseille.