Karl Marx présente ce concept directement dans le premier chapitre du Capital. Dans la section nommée “La marchandise et la monnaie” Marx explique comment les marchandises, dans un système de production capitaliste, ne sont pas de simples objets.

Il s’agit de produits complexes qui possèdent à la fois une utilité, que Marx appelle valeur d’usage, et une valeur économique dite valeur d’échange chez Marx.

C’est dans sa théorie de la valeur que Marx déclare que la valeur d’échange est créé  et déterminée par le travail humain et le temps qui a été nécessaire à sa production.

C’est dans la dernière section du chapitre 1 du Capital que le penseur allemand étudie “Le caractère fétiche de la marchandise et son secret”, il entend ainsi démontrer que la valeur d’échange n’apparaît pas pour c’est qu’elle est réellement, c’est à dire le produit du travail humain, mais que cette valeur économique semble être une qualité innée et interne aux marchandises mêmes.

Ce processus de “choisification”, qui cache la réalité du travail humain et social, serait le “secret” du fétichisme marchand mais surtout le résultat de l’échange économique capitaliste.

En effet, la distinction entre valeur d’usage et valeur d’échange permet de dévoiler au grand jour le secret de la production marchande : “Tout se passe comme si la valeur d’usage, avec ses traits propres, disparaissait sous la valeur d’échange, car les marchandises sont équivalentes, c’est à dire qu’elles entretiennent des rapports quantitatifs, qu’elles sont indifférentes à la forme particulière du travail qui les produit; le temps de travail, comme durée incorporée aux marchandises, devient principe de leur mise en rapport (échange) les unes avec les autres.” (Labica & Bensussan, 1998, p. 464)

Ainsi, aux yeux des hommes et des femmes d’une société capitaliste, l’utilité d’une marchandise serait proportionnelle à sa valeur économique. Sa seule et unique valeur serait son prix.

Et les êtres humains se situent à quel niveau dans ce système? Une fois de plus Marx nous en donne son explication :

Le rapport réel des marchandises les unes aux autres est leur procès d’échange. C’est un procès social dans lequel entrent des individus, indépendants les uns des autres, mais ils n’y entrent qu’en tant que possesseurs de marchandises, ; leur existence réciproque  les uns pour les autres,  c’est l’existence de leur marchandises, et ils n’apparaissent ainsi, en fait, que comme des supports conscients du procès d’échange.” (Labica & Bensussan, 1998, p. 465)

Cette dernière citation du philosophe allemand revient à dire que dans le capitalisme, la valeur d’une personne est mesurée à la quantité des marchandises qu’il ou elle possède.

Il ya donc “mystification”, c’est à dire que les marchandises et ses propres facultés sont socialement élevées au rang de mythe ou de valeur centrale.

Dès lors, la valeur de la marchandise ne se donne plus pour ce qu’elle est, rapport social entre producteurs, mais bien comme propriété aussi naturelle de la chose que sa couleur ou son poids.

Marx trouve dans la religion un procès similaire pour expliquer la fétichisation :

Pour trouver une analogie à ce phénomène, il faut la chercher dans la région nuageuse du monde religieux. Là, les produits du cerveau humain ont l’aspect d’êtres indépendants, doués de corps particuliers, en communication avec les hommes et entre eux. Il en est de même des produits de la main de l’homme dans le monde marchand. C’est ce qu’on peut nommer le fétichisme attaché aux produits du travail, dès qu’ils se présentent comme des marchandises, fétichisme inséparable de ce mode de production.” (Labica & Bensussan, 1998, p. 465)

SOURCES

  • Bensussan G., Labica G. Dictionnaire critique du marxisme. Paris : Éditions Quadrige/PUF, 3éme ed. 1999.