The curious feminist, en français la féministe curieuse, est une livre écrit par Cynthia Enloe, une pionnière du féminisme dans les relations internationales. C’est une collection d’essais et de discussions rapportées entre Enloe et d’autres féministes. Ce livre questionne l’invisibilité des femmes dans les relations internationales et apporte des ébauches de réponses à ce problème. Le but n’est pas tellement d’apporter des réponses à comment intégrer les femmes aux relations internationales mais plutôt de pousser les lecteurs et les lectrices à chausser les “lunettes du féminisme” lorsqu’il ou elle analyse les relations internationales.
L’argument principal est que pour comprendre correctement les relations internationales il est nécessaire d’utiliser le féminisme comme un outil et de se poser des questions telles que où sont les femmes? Comment est ce qu’une certaine vision de la masculinité et de la féminité pourrait influencer les décisions? Ce livre démontre clairement qu’à travers une lecture masculino-normée, en négligeant ce genre de questions et le rôle des femmes, échoue à analyser correctement certaines dynamiques et certains processus décisionnels des relations internationales.

Résumé et critique

Enloe emmène les lectrices et les lecteurs à travers les histoires de différentes femmes de différents pays, amenant ainsi des questions de racisme et de domination de classe au sein des relations internationales. L’une des histoires les plus instructives est son analyse de l’exploitation des femmes par Nike et Reebok, ramené à l’échelle des relations internationales. Si vous souhaitez feuilleter ce livre, nous vous recommandons fortement de lire ce chapitre. Il explique comment la Corée, en tant que pays industrialisé, avait besoin que les femmes acceptent une certaine définition leur rôle et du féminin, et comment cette définition a évolué pour mieux correspondre au système capitaliste naissant. Ici, il est intéressant de faire un parallèle avec le livre de Sylvia Federici Caliban et la sorcière. Federici analyse la manière dont le capitalisme en Europe s’est construit notamment autour de la notion de femme au foyer. Bien que ce ne soit pas écrit en rapport direct avec les relations internationales, cette approche marxiste correspond à l’argument avancé par Enloe selon lequel le féminisme doit être utilisé comme un outil pour comprendre des transformations sociales majeures.

L’un des arguments les plus intéressants avancé par Enloe est ce qu’elle appelle “labor made cheap” au lieu de “cheap labor” (ce qui pourrait se traduire par “main d’oeuvre rendue bon marché” plutôt que “main d’oeuvre bon marché”) cette différence de vocabulaire est cruciale pour expliquer les dynamiques et les conséquences à l’échelle nationale et régionale de certaines décisions concernant le commerce international. En effet, l’économie est au coeur du système international, et telle qu’elle est généralement analysée notamment par Ricardo (voir théorie de Ricardo et des avantages comparatifs...ici je pourrai faire une bulle ou j’essaie d’analyser la théorie de ricardo en utilisant des lunettes féministes), elle occulte le rôle des femmes et ainsi tout un système d’exploitation mis en place pour permettre l’essor du capitalisme.

Les histoires rapportées par Enloe donnent de l’importance aux expériences des femmes de milieu variés. Par exemple, elle questionne avec cette curiosité féministe le concept du nationalisme: comment le nationalisme a pu être utilisé pour notamment taire la voix des femmes dans des pays post-coloniaux comme au Vietnam, où elle ont dû remplir leur “rôle naturel” de mère, d’épouse, etc. mettant de côté les revendications féministes qui venaient avec le rôle joué par les femmes lors de la guerre d’indépendance.

L’une des forces de ce livre est de questionner ce qui compte dans l’analyse des politiques internationales. Qu’est ce qui est jugé non-important et pourquoi? Enloe analyse et questionne comment la reconstruction d’après-guerre est gérée, quel part du militarisme est influencé par le patriarcat: où va l’argent, comment la notion d'héroïsme est-elle construite et comment les rapports de genre peuvent biaiser les nouvelles politiques publiques. L’un des arguments clé étant que les demandes des femmes seront souvent ignorées, celles-ci devant avant tout être patriotique en étant de bonne mère et épouse permettant ainsi aux hommes de mieux reconstruire la nation. Leurs demandes viendront plus tard...et bien souvent restent ignorées une fois la reconstruction terminée. “Later is a patriarchal time-zone” c’est-à-dire, de repousser à "plus tard" est un espace temps au service du patriarcat.