Silvia Federici est une universitaire américaine, professeure d’université et chercheuse, elle est également une militante féministe radicale. Son livre Caliban et la sorcière revisite la transition du féodalisme au capitalisme, sous une perspective féministe. Elle montre notamment comment le capitalisme s’est construit à travers l’exploitation des femmes en tant que femmes, en plus d’exploiter la population en tant que travailleurs et travailleuses. Leur asservissement n’était pas une coïncidence mais bien une nécessité à l’accumulation des richesses par les puissants.

Ce livre est devenu une référence, de part sa rigueur historique, sa cohérence et son approche novatrice du sujet. De tendance marxiste, Federici s’en tient au matérialisme historique pour écrire Caliban et la sorcière. C’est-à-dire qu’elle utilise une méthode marxiste d’analyse de l’histoire. C’est l’idée que les événements historiques sont influencés par les rapports sociaux et plus particulièrement les rapports de classe. Ainsi l’économie a une part importante dans l’explication des transformation sociétales. Beaucoup de détails  et d’exemples pour appuyer son argumentation sont apportés. Il peut être parfois difficile ne pas se perdre dans la chronologie et la lecture peut devenir légèrement fastidieuses pour les personnes non désireuses de se plonger dans divers exemples de luttes paysannes. Mais ce livre permet de livre les chapitres séparément pour aller aux sujets qui nous intéressent.

Federicci se base donc sur des théories marxistes pour son analyse, qu’elle réussit à emmener plus loin en prenant en compte le rôle des femmes. Elle utilise aussi Foucault qu’elle critique également pour ne pas avoir pris les femmes en compte dans sa théorie du pouvoir. Aussi pour sa méconnaissance des chasses aux sorcière pourtant période clé dans le développement du capitalisme. C’est particulièrement intéressant ici de faire le lien avec le livre d’Enloe qui étudie les relations internationales en prenant en compte le rôle des femmes. Federici et Enloe se rejoignent dans leur constat : en ne portant pas une attention particulière au rôle des femmes dans les rapports sociaux-économiques, on a une vision partielle de l’histoire et on limite notre compréhension des rapports de pouvoir.

Nous vous recommandons très chaudement ce livre, devenu un incontournable de l’histoire des origines du capitalisme et du féminisme. Traduit du français par les éditions Entremonde, vous pouvez l'acheter pour 31 CHF ou 24 euros.