Le coup d’état militaire du 12 octobre 1980 faisait suite à des graves difficultés économiques que la Turquie connaissait depuis les années 70. Il n’était pas le premier dans l’histoire turque, puisqu'il s’agissait du troisième coup d’état depuis ceux de 1962 et 1971.

Politiquement parlant la situation n’était pas facile puisque le peuple turc a connu 11 gouvernements différents entre 1970 et 1980.  À cause des grandes divergences idéologiques au niveau politique  aucun des partis politiques était prêt à faire des concessions pour collaborer avec les autres et gouverner le pays de manière stable. Ainsi le général Kenan Evren mettra en place un régime militaire qui tiendra jusqu’en 1983.

C’est dans ce contexte de haute instabilité politique et sociale que le Grup Yorum, qui signifie "interprétation" ou "commentaire" en turc,  sera fondé en 1985 à Istanbul, en réaction au putsch de 1980,  par 4 étudiants de l’université de Marmara.

Il s’agit d’un orchestre qui utilise des instruments locaux tels que le ney (le petit hautbois de l'Anatolie de l'est), le bağlama (luth à manche long), le kaval (flageolet, flûte de berger), ainsi que d'autres instruments tels que le violon, le hautbois et surtout la guitare.

Leur musique, essentiellement vocale et instrumentale, est basée sur des compositions rythmiques solides et des mélodies fluides. Pouvant être définie comme du folk-rock, elle contient des timbres rappelant les chansons folkloriques locales, les mélodies méditerranéennes, les hymnes latino-américains et le rock.

Leurs chansons populaires, socialistes et révolutionnaires s'inspirent particulièrement de la Nueva Cancion sud-américaine, composée de représentants tels que Quilapayun, Victor Jara ou le groupe Inti Illimani. La langue utilisée peut changer puisque par le passée le groupe a déjà pu chanter en turc, kurde, arabe et circassien.

Le concert de Grup Yorum à Bakirköy le 4 juin 2014, qui a réuni près de 500.000 personnes. « Vive la Turquie indépendante » et « pain, justice, liberté » peut-on lire sur les écriteaux.

Les membres de Grup Yorum ne sont pas uniquement musicien.ne.s, ils et elles sont aussi militant.e.s. Chaque année le groupe participe aux manifestations, grèves, occupations d’usines et d’universités, et a toujours été une cible de la police. De ce fait, le nombre et la composition de ses membres est constamment changeante depuis sa fondation.

Déjà depuis 1985 des nombreux concerts ont été interdits soit par les municipalités soit par la police. Malgré le harcèlement de forces de l'ordre à leur encontre, le groupe a pu jouir d’une popularité toujours plus grande, notamment parmi la jeunesse turque. Depuis 1987 le groupe a pu enregistrer et sortir 22 albums et est toujours en activité. Au cours de ces trente dernières années le groupe et ses sympathisant.e.s ont dû faire face à 400 arrestations et procès variés.

Du fait notamment de chansons dédiées à ses militant.e.s tués au combat, Grup Yorum est souvent accusé d’entretenir des liens avec le DHKP-C (Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple), organisation marxiste-léniniste et anti-impérialiste clandestine apparue en 1978 et placée sur la liste des organisations « terroristes » par l’Etat turc, l’UE et le gouvernement des Etats-Unis.

« Grup Yorum est le peuple ! Vous ne pouvez pas emprisonner le peuple ! » En réaction aux arrestations visant le groupe en 2012.

   

SOURCES

https://progreshumain.wordpress.com/2014/12/22/grup-yorum-une-legende-de-la-musique-turque/

https://info.arte.tv/fr/grup-yorum-les-riffs-de-la-revolte