L’histoire de la chute de l’Empire ottoman permet d'analyser et de mieux comprendre les événements et la géopolitique actuelle au Moyen-Orient.  

L'Empire ottoman est créé à la fin du XIIIe siècle au nord-ouest de l'Anatolie par le fondateur de la dynastie ottomane Osman Ier.

A partir de 1354, L’Empire Ottoman s’étend en Europe avec la conquête des Balkans. En 1453, les Ottomans, conduits par Mehmed II, prennent Constantinople et mettent fin à l’Empire byzantin.

C’est au XVIe et XVIIe  siècle que l’Empire Ottoman connaît son plus grand essor et en particulier sous le règne de Soliman le Magnifique. Le territoire du Sultan s'étendait alors des portes de Vienne au golfe Persique, de l’Afrique du nord à Bakou sur la mer Caspienne, et de l'Ukraine aux marais du Nil au Soudan et aux montagnes du Yémen.

Les siècles qui suivent marquent le déclin et la stagnation de l’Empire. Au début du XIXe  siècle, l’Empire Ottoman a perdu des territoires immenses au profit des puissances européennes et ne contrôle plus que l’actuelle Turquie, la Syrie, le Liban, la Palestine, l’Irak, la Jordanie, l’Arménie, le Kurdistan et une partie du Yémen et de l’Arabie Saoudite.

En 1853, le tsar russe Nicolas Ier, avait surnommé l’Empire ottoman   “l'homme malade de l'Europe” lors d’une conversation avec un diplomate anglais.

A l’aube du XXe  siècle, les “Jeunes Turcs” un mouvement politique inspiré du nationalisme européen prend de l’ampleur et forme le Comité Union et Progrès (CUP) qui a pour but de moderniser et réformer l’Empire. En 1909, le CUP prend le pouvoir et le Sultan Abdülhamid II est démis de ses fonctions.

Le 31 octobre 1914, l’Empire Ottoman s’engage dans la première guerre mondiale en rejoignant l’Allemagne et l’Autriche. Entre 1915 et 1916, a lieu le génocide arménien qui assassine les deux tiers de la population arménienne vivant sur le territoire de la Turquie actuelle. Déportations, famines et massacres sont organisés par le CUP. Le CUP est alors dirigé par le trio d'officiers nationalistes : Talaat Pacha, Enver Pacha et Djemal Pacha. Les jeunes turcs imposent une assimilation forcée aux différents peuples qui composent ce qui reste de l'Empire et anéantissent le système impérial, multi-national, multi-ethnique et pluriculturel. Le projet nationaliste du CUP étant un État-nation turc homogène, les Arméniens et leur démographie importante étaient devenus un obstacle. Victimes de ce nationalisme, du panturquisme et de la politique de  Turquisation, les Arméniens, deviennent des boucs-émissaires et un obstacle majeur à l'unification ethnique des Turcs en Anatolie.

Les arméniens et les arméniennes étaient aussi accusé.e.s d’être russophiles et donc des traîtres et des espions en temps de guerre. Le fait d’être majoritairement chrétiens les transforment également en ennemis de l'intérieur. Les populations araméennes (assyrienne, chaldéenne, syriaque) et pontiques furent aussi durement touchées durant cette période, ayant été en grande partie éliminées par les autorités ottomanes, ainsi que certains Syriaques et Yézidis. La campagne ottomane contre les minorités chrétiennes de l'Empire entre 1914 et 1923 constitue un génocide contre les Arméniens, les Assyriens et les Grecs pontiques d'Anatolie.

Des kurdes ont malheureusement participé aux génocides en tant que petites mains du pouvoir impérial.

A la fin de la première guerre mondiale, l'Empire Ottoman vaincu, est démembré, partagé et occupé par les alliés, principalement la France et l'Angleterre. Les leaders des Jeunes Turcs fuient l’Empire dans un sous-marin allemand.

La défaite de l’Empire voit émerger une nouvelle force dans la personne de Mustafa Kemal Atatürk (héros de la guerre, leader du mouvement nationaliste turc, fondateur et premier président de la République de Turquie de 1923 à 1938).

Atatürk combat le traité de Sèvres, signé par le Sultan Mehmet VI en 1920, qui laissait une partie des côtes d'Anatolie aux Grecs et prévoyait une république indépendante pour les arménien.e.s et l'autonomie pour les kurdes.

La guerre civile éclate entre les kémalistes (partisans d’Atatürk) et le Sultan, suivie par la guerre contre les troupes étrangères, la victoire des nationalistes et la création de la république de Turquie.

Le 24 juillet 1923, la signature du traité de Lausanne remplace le traité de Sèvres devenu caduc et dessine l'actuelle Turquie en condamnant les aspirations d'autonomie des kurdes et toute reconnaissance du génocide arménien.

Des dizaines de milliers de personnes sont jetées sur les routes, déplacées et déportées. Des massacres sont commis de parts et d'autres sur la base de l'appartenance religieuse et ethnique. Un demi-millions de grecs meurent en route ou dans des camps.

Les anglais et les français avaient conclu en secret en 1916 les accords Sykes-Picot pour se partager le Moyen-Orient à la fin de la guerre. En parallèle les anglais avaient poussés les populations arabes de l’Empire Ottoman à se soulever en leur promettant un grand royaume arabe. Promesse non tenue, d’autant plus qu’en 1917 a lieu la déclaration de Balfour, Secrétaire d'État des Affaires étrangères et du Commonwealth, favorable à l'implantation d’un “foyer juif” en Palestine.

Sous la forme de zones d'administration et d’influences, le France et l’Angleterre se partagent et façonnent les frontières de la Syrie, du Liban, de la Palestine, de la Jordanie, du Koweit et de l’Irak. Cette partition s’est faite de la même manière que les impérialistes occidentaux avaient toujours procédé. C'est à dire sans prendre en compte les populations indigènes, les différentes langues, ethnies et cultures.

La disparition de l’Empire Ottoman fait place au Moyen-Orient moderne avec ses nouvelles frontières, mais aussi la mise en place de nouvelles politiques coloniales et l’émergences de nouvelles luttes.

Les kurdes se retrouvent partagés entre 4 Etats (Turquie, Syrie, Irak, Iran) où leurs droits politiques et culturels sont niés.

C’est aussi le début de la tragédie du peuple palestinien qui doit faire face à une politique de colonisation et d’occupation de ses terres par les sionistes.

L’histoire de la chute de l’Empire Ottoman est une clé pour mieux comprendre ces questions et bien d’autres comme l’histoire de la république turque, l’émergence de l’islamisme intégriste, la guerre civile en Syrie, que nous aborderons dans nos prochains numéros.