Avant des vous lancer dans la lecture de ce nouveau numéro du coin de Karl, la rédaction de Radix vous conseille de lire ou relire le numéro 4 du coin de Karl : "Plus-value et survaleur", ce dernier devrait vous aider à mieux comprendre le texte qui suit.

Pour commencer, que veut dire subsomption?

Il s’agit d’une relation entre deux ou plusieurs concepts dont le sens de l’un inclut celui de l’autre.

Par exemple : la concept “Humain” inclut, subsume celui de “Ouvrier”. Autre exemple, le concept “Animal” subsume celui de ”Canard” ou de “Loup”.

La manière la plus simple de caractériser les concepts de subsomption formelle et réelle du travail sous le capital est de partir de modes d’extraction de la survaleur.

Dans la théorie marxiste, il y a deux types de survaleur : la survaleur absolue et la survaleur relative.

Cela ramène toujours à un partage de la période de travail entre le temps de travail nécessaire et le surtravail.

Le temps de travail nécessaire est le temps que les ouvrier.e.s consacrent à produire une valeur équivalente à celle de leur propre reproduction. Concrètement, ils travaillent plus longtemps, sans quoi, il n’y aurait pas de survaleur, pas de profit et le capitalisme repose là-dessus.

C’est le surtravail, qui sous sa forme physique et monétaire est appelé la survaleur.

Il y a deux façons d’augmenter cette période de surtravail : soit en allongeant la durée de travail globale, c’est la survaleur absolue, soit en raccourcissant le temps de travail nécessaire, c’est la survaleur relative.

Avec la survaleur relative, la valeur totale produite ne varie pas, puisque le temps de travail global reste le même. Cependant, à l’intérieur de ce temps de travail global, la partie nécessaire consacrée à la reproduction de la force de travail diminue.

Cela suppose que le capital a intégré dans sa propre reproduction, a fait sienne, la reproduction du prolétariat.  Il produit les marchandises entrant dans la consommation ouvrière et détermine ses modes de vie.

Du point de vue patronal, comment raccourcir le temps de travail nécessaire? En augmentant la productivité, c’est-à-dire que les biens qui sont produit en 4 ou 5 heures ne seront plus produits qu’en 3 ou 4 heures, ce qui signifie que le capital (ou dépenses) fixe, devient dans le procès du travail l’élément dominant.  Le capital s’est ainsi emparé de toutes les sphères de production de la société.

En découlent toutes sortes de formes institutionnelles ainsi qu’une transformation totale du rôle de la revendication salariale. Ainsi, cela donne une base à la concertation entre les organismes syndicaux et les capitalistes. On pourrait s'imaginer que chacun puisse s’y retrouver par un “ partage des gains de productivité”.

Avec la prédominance de la survaleur relative, qui définit le passage du capital du mode de subsomption formelle au mode de subsomption réelle, il y a une intégration de la reproduction de la classe dans la reproduction du capital. Le capital a subsumé, englobé, les sphères de production et reproduction des classes sociales.

C’est le capital qui détermine le mode de vie ouvrier,  les biens de consommation leur étant destinés.

Jusqu’alors, dans la manufacture et même dans ce qu’on appelait la grande industrie, l’ouvrier avait une certaine maîtrise de son savoir-faire : maîtrise sur le rythme, sur la façon dont allait se dérouler la journée de travail, ce qui était un moyen de pression que craignait le patron. Avec la prédominance du capital fixe dans le processus de travail et la transformation du rôle du travail dans le procès de travail même, c’est la fin du savoir-faire ouvrier.

Ce savoir-faire est approprié par le capital dans l’organisation du travail : c’est le taylorisme, le travail à la chaîne.  Lorsque ce savoir-faire est incorporé aux machines, on passe plutôt au stade fordiste soit le remplacement des hommes par les machines.

La population active devient alors essentiellement salariée et ouvrière. Avec l’augmentation de la production, il devient nécessaire d’éviter la surproduction, d’où cette intégration de la reproduction du prolétariat.

Durant les Trente Glorieuses (période allant de 1945 jusqu’à la fin des années ‘70) “l’augmentation du niveau de vie”, terme à prendre avec des pincettes, car certes, on assiste à un changement du mode de consommation, on ne consomme plus les mêmes biens, cela donne donc naissance à un autre mode de vie cependant imposé par le capital. Au niveau du discours politique cela donnera le “partage des gains de productivité”.

Cependant le concept de subsomption réelle, qui a été popularisé en Europe par des intellectuels et des enseignants qui étudiaient les thèses marxistes, notamment  l'École de Francfort en Allemagne et les opéraïstes en Italie, n’est pas exempt de critiques.

Ainsi l’idée selon laquelle le capital aurait dorénavant produit un monde à son image, dans lequel toutes les pratiques seraient soumises à la logique de la valeur d’échange, serait un idée “marxiste occidentale”.

“Et elle repose sur une conception eurocentrique de l’histoire, dans laquelle la marchandisation totale de la vie apparaît comme un destin auquel tous les peuples doivent se soumettre.”  (Harootunian, 2017)

La rédaction de Radix vous conseille la lecture du texte suivant, si vous souhaitez en approfondir les critiques et envisager le dépassement de celle-ci :

http://revueperiode.net/deprovincialiser-marx/

SOURCES

  • Revue Période. (2017). Harootunian H. Déprovincialiser Marx. Consulté le 28.8.2019 sur http://revueperiode.net/deprovincialiser-marx/
  • Simon R. et al. Histoire critique de l’ultragauche. Trajectoire d’une balle dans le pied. Senonevero éditions, 2009.