Víctor Lidio Jara Martínez, né à San Ignacio, province de Ñuble, le 28 septembre 1932 et mort à Santiago, à la mi-septembre 1973, était un chanteur populaire chilien.

Victor Jara s’est d’abord fait connaître au Chili par son travail de metteur en scène. A 31 ans, il devient, en 1963, directeur de l’Académie folklorique de la Maison de la Culture de Ñuñoa, et intègre l’équipe de direction de l’institut théâtral de l’université du Chili.

Vers la fin des années 60' il se fait connaître sur la scène internationale, de Londres à Buenos Aires en passant par Berlin. Pendant cette période, il ne délaisse pas sa passion pour la chanson, notamment sous l’impulsion et l’influence de sa nouvelle amie, une certaine Violeta Parra, artiste et chanteuse populaire chilienne.

Il aura une carrière musicale qui sera largement liée à ses engagements politiques.

Il prend ainsi la direction du collectif Quilapayun, les célèbres interprètes de « El pueblo unido jamàs sera vencido » (Le peuple uni ne sera jamais vaincu N.d.R).

Quilapayun et Victor Jarra, ainsi que des autres auteurs-compositeurs, tels que Luis Advis ou Violeta Parra, seront partie vivante de la “nouvelle chanson chilienne” :

Ce mouvement musical politiquement engagé, né dans les années 1960 et poursuivant le travail de recherche et de création initié par l’Institut de Recherches du Folklore Musical de l’Université du Chili, la Nouvelle Chanson Chilienne surgit en tant que porte-parole d’une majorité silencieuse.

Témoins de leur temps, les auteurs-compositeurs relatent des évènements marquants et revendiquent des changements sociopolitiques que le socialisme serait en mesure d’apporter.

Mais ils et elles cherchent également à lutter contre l’oubli d’évènements historiques rarement répertoriés et qui pourtant ont marqué l’imaginaire populaire, cherchant ainsi à rétablir des vérités que l’élite préfèrerait ignorer.

Ainsi ces troubadours retracent en chanson des épisodes peu glorieux de l’Histoire chilienne mais qui ne devraient pas tomber dans l’oubli, se servant d’histoires personnelles pour mieux raconter l’Histoire, afin de construire pour la nation chilienne un avenir meilleur.

C’est précisément en l’an 1970 que Jara s’engage activement dans la campagne électorale de l’Unidad Popular, cette alliance du parti socialiste, du parti communiste et du parti social démocrate autour de la candidature de Salvador Allende. Victor Jara va dès lors délaisser la création théâtrale pour se concentrer sur la musique, plus propice selon lui à diffuser ses idées et sa lutte.

Comme un autre de ses camarades, Pablo Neruda, écrivain de renommée mondiale, il décide ainsi de mettre totalement son art au service du peuple.

À gauche Salvador Allende avec l’écrivain Pablo Neruda pendant une rencontre électorale de l’Unidad Popular

Pendant les trois ans de pouvoir de l’Unidad Popular, Jara se mettra totalement au service du gouvernement Allende. Devenant même l’ambassadeur culturel du Chili, il se rend en URSS, à Cuba et de plusieurs pays sud-américains. La plupart de ses compositions de l’époque témoigne de son engagement communiste et de son amour pour le Chili.

Malheureusement l’histoire de Victor Jara se termine aussi brutalement et tragiquement que l’aventure de l’Unidad Popular. Comment aurait-il pu en être autrement tant l’artiste était devenu l’étendard chilien du mouvement socialiste et anti-impérialiste ?

Le 11 septembre 1973, Augusto Pinochet, commandant général de l’armée, réussit un coup d’état avec l’aide des Etats-Unis.

Assiégé dans le palais présidentiel, le Palais de la Moneda, Allende prononce son dernier discours à la radio. Il enjoint le peuple à continuer la lutte : « en sachant bien que plus tôt que tard ils ouvriront les grandes avenues par lesquelles passent l’homme libre, afin de construire une société meilleure ».

Peu après et en refusant de se rendre, Salvador Allende se saisit de son AK47, qui lui avait été offert par Fidel Castro et se suicide.

Salvador Allende, au centre, entouré par ses fidèles se tenant devant l’entrée principale du Palais de la Moneda, assiégé à ce moment là par les militaires putschistes

Jara est arrêté par les militaires de Pinochet au cours du putsch. Il sera emprisonné avec des nombreuses autres victimes de la répression à l'Estadio Chile puis à l'Estadio Nacional.

L’histoire populaire dit que Victor Jara, pendant la détention et sous torture, a écrit  le poème Estadio Chile, aussi connu comme la chanson-titre Canto qué mal me sabes, qui dénonce le fascisme et la dictature. Estadio Chile qui aujourd’hui porte son nom en sa mémoire.

Ce poème est resté inachevé car Víctor Jara est rapidement mis à l'écart des autres prisonniers. Il est assassiné entre le 14 et le 16 septembre après avoir eu les doigts brisés par des coups de crosse de fusil, pour qu’il ne puisse plus jouer  ses chansons engagées avec sa guitare.

Aujourd’hui encore Jara et ses chansons résonnent aux quatre coins du monde et témoignent de l’énorme impact musical et politique que ce homme a pu transmettre tout au long de sa vie.

Finalement, 45 ans après sa mort, ses assassins ont été traduits en justice et reconnus coupables de meurtre, comme nous pouvons lire dans cet article paru dans le journal Libération il  y a  1 an.

Afin de découvrir cet incroyable artiste, la rédaction de Radix vous propose d'écouter cette  chanson, écrite en 1967, en l'honneur de la figure révolutionnaire d'Ernesto "Che" Guevara.

Version originale

Abre sendas por los cerros,
deja su huella en el viento,
el águila le da el vuelo
y lo cobija el silencio.

Nunca se quejó del frio,
nunca se quejó del sueño,
el pobre siente su paso
y lo sigue como ciego.

Correlé, correlé, correlá,
por aquí, por aquí, por allá.
Correlé, correlé, correlá,
correlé que te van a matar...
correlé, correlé, correlá.

Su cabeza es rematada
por cuervos con garra de oro.
Cómo lo ha crucificado
la furia del poderoso.

Hijo de la rebeldía,
lo siguen veinte mas veinte,
porque regala su vida
ellos le quieren dar muerte.

Traduction française

Il ouvre des chemins à travers les collines,
il laisse son empreinte dans le vent,
l’aigle lui donne son envol
et le silence le protège.

Il ne s’est jamais plaint du froid
Il ne s'est jamais plaint de la fatigue
le pauvre sent ses pas
et le suit comme un aveugle

Cours, cours, cours,
par ici, par ici, par là.
Cours, cours, cours,
Cours, qu’ils vont te tuer
Cours, cours, cours,

Sa tête est ornée
par des corbeaux aux griffes d'or.
comme il l’a crucifié
la fureur du puissant.

Fils de la rébellion,
ils le suivent vingt par vingt
Parce qu’il offre sa vie
Ils veulent lui donner la mort.


SOURCES

http://sourdoreille.net/memoire-de-luttes-victor-jara/

https://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%ADctor_Jara

https://www.revue-ballast.fr/victor-jara-canto-libre/